#Episode 5 : Grand Prix de Littérature dramatique – “MayDay” de Dorothée Zumstein

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ARTCENA organise et accompagne, au sein de ses différentes missions, les Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique jeunesse. Huit finalistes ont été sélectionnés par un jury, présidé par Marie-Agnès Sevestre. La cérémonie des Grands Prix aura lieu le 15 octobre prochain au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Voici, notre cinquième chronique : « MayDay » de Dorothée Zumstein, publié chez Quartett Editions.

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MayDay, est une de ces rares œuvres théâtrales qui happe son lecteur, le marque d’une empreinte brûlante, l’entraîne si près des gouffres que le besoin de la relire est immédiat. La nécessité de plonger à nouveau auprès de ces trois générations de femmes, de leurs vies et de leurs démons nous étreint, afin de toucher au plus près ce qu’elles nous révèlent de notre monde.


Dorothée Zumstein, joue avec les non-dits, elle leur donne une voix, les met sous nos yeux. Poussant ce paradoxe à son paroxysme, l’autrice nous entraîne au plus près des tournants-tourments qui hantent ses personnages. S’inspirant d’un fait divers réel (l’assassinat de deux enfants par une fillette de dix ans) et d’un conte ancestral (Le petit chaperon rouge), MayDay frôle sans cesse les limites. Celles de la réalité et de la fiction, celles du conscient et de l’inconscient et surtout celles de l’humain et du monstrueux. L’autrice interroge le rôle de l’enfance, de l’amour, de l’écoute, dans la construction de tout être humain : jusqu’où un être peut-il aller pour être entendu ?


Comme dans la réalité, une journaliste interviewe Mary Burns après sa sortie de prison alors qu’elle est devenue mère. Elle revient avec elle sur le procès, ses crimes et sa vie au présent. Dans la fiction, les fantômes et leurs secrets de famille peuplent le récit sans jamais être dans l’explicatif ni le didactique, mais plutôt comme un tableau impressionniste.


Les corps en mouvement interpellent également. La suspension de la main de la grand-mère au-dessus d’une poignée de porte ou les trois femmes assises l’une devant l’autre tout au long du procès sans aucun contact décrit. Ces gestes clefs participent à la sensation d’être au bord du gouffre, au bord de la compréhension, au cœur des problématiques.


Le propos n’est pas de savoir qui est le loup, qui est le chaperon rouge, ou si l’on parle de viol, de maltraitance, d’inceste ou d’abandon, précisément, mais de faire ressentir que le secret, le non-dit, peuvent avoir des conséquences au fil des générations…

 

 

Extrait   P. 55.56

«Interview Mary :

Je peux pas non plus vous dire pourquoi…
Pourquoi,
Le lendemain et le jour d’après,
J’ai fait ce que j’ai fait,
Pourquoi je suis allée chez eux,                                                                                                                                                                                                          Chez la maman du petit…
Je déboulais à n’importe quelle heure
Dans mon petit manteau rouge,
Ils ouvraient la porte et j’étais là,
Dressée sur la pointe des pieds,
Sur le seuil-comme un diable à ressort.

Mary 10 ans :

Je sonne à la porte des Campbell et,
Sans qu’on m’ait invitée à entrer,
Je me mets à parler :
Je demande à la mère si elle souffre,
Je lui demande ce ce que ça fait
De souffrir pour son enfant mort.
Elle me regarde bouche bée,
Me claque la porte au nez.
A un groupe de gosses plus grands que moi,
Je montre comment j’ai étranglé Martin,
J’en prends un et je commence à serrer,
Il se dégage…
Y’en a pas un pour me croire,
Je sais bien ce qu’ils disent de moi :
(Relève brusquement la tête)
Mary Burns, qu’ils disent, c’est une qui se
Donne des airs ! 

 

 

L’œil pédagogique

MayDay a eu l’honneur des planches du Théâtre de la Colline en 2017 pour la création de la pièce sous ce titre et avec plusieurs interprètes (l’œuvre avait été joué en 2006 avec une seule interprète sous le titre original de Big Blue Eyes). La mise en regard d’un conte traditionnel et d’un fait divers pourront intéresser plusieurs niveaux de classe en Français et en option Théâtre. Ce texte fait écho à d’autres romans qui ont mis en lumière l’importance des conditions de vie au regard d’un crime (Les Misérables, Germinal, Oliver Twist). Les Arts plastiques, pourront travailler sur le thème de la pauvreté et de l’enfance et de ce qu’on décide de montrer d’une histoire en vidéo,  en s’inspirant par exemple de films tels The Kid de Charlie Chaplin ou ceux d’Alfred Hitchcock (dont Dorothée Zumstein est férue).

 

Biographie de l’autrice

Après des études de Lettres et Civilisation Anglaises, Dorothée Zumstein devient traductrice littéraire et autrice dramatique. Toutes ses pièces sont publiées chez Quartett. Elle œuvre également à la traduction de romans et de nouvelles (Dan Fante, Joyce Carol Oates, A. M Homes, Barry Graham). Dorothée Zumstein a travaillé notamment avec Laurent Fréchuret et Éric Massé (Migrances 2010) pour lesquels elle a retraduit Le Roi Lear et Macbeth. Ses œuvres s’inspirent souvent de mythes et de faits réels.  Time Bomb est lauréat des Journées de Lyon des auteurs de théâtre-JLAT en 2006.  En 2012, l’autrice est lauréate d’une bourse du CNL pour Ammonite, écrite et présentée aux quarantièmes rencontres d’été de la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon. Cette même année, sa pièce Never Never Never reçoit le Prix des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre et est lauréate de l’aide à la création.

 

 

Mayday de Dorothée Zumstein, Editions Quartett, finaliste Grand Prix Littérature Dramatique 2018 from ARTCENA on Vimeo.

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Le Grand Prix de La Littérature Dramatique a pour vocation d’aider les auteur(e)s dramatiques contemporains en même temps que d’encourager la découverte et leur lecture auprès du public et de notre jeunesse. Dans ce cadre, Qui Veut Le Programme ?, en partenariat avec ARTCENA, publie dans sa rubrique “Lire et faire lire du théâtre” – et jusqu’à l’annonce des deux lauréats – une chronique par finaliste, afin que les enseignants, s’ils le jugent propice, aient toutes possibilités de s’emparer de ces œuvres dans leurs classes.

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