#Avignon OFF : Faust, ou la fureur de vivre au 11Gilgamesh (lycée)

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Dans son poème, Faust, Goethe traite de la dualité de l’homme dont l’âme est partagée entre l’aspiration vers le Bien et l’attirance vers le Mal. «  Un roi sans divertissement est un homme plein de misères » écrivait déjà Pascal dans ses Pensées (1670). Les profondeurs de l’âme humaine ont toujours interrogé les philosophes, les écrivains, les artistes. C’est cette interrogation que Gaële Boghossian met en scène avec le spectacle “Le voyage immobile du docteur Heinrich Faust”, joué pendant le festival d’Avignon au 11Gilgamesh.

 

Après les attentats de janvier 2015, la metteure en scène Gaële Boghossian du Collectif 8, se tourne vers ce Faust de Goethe qui la hante depuis des années. La fureur des meurtriers, leur fascination pour le mal, pour les puissances démoniaques, leur défi à Dieu, leur volonté de puissance et de domination, tout cela elle le trouve dans l’œuvre de Goethe. Comment mieux rendre compte des profondeurs de l’âme humaine, avide d’action, de pouvoir, d’amour, de domination, partagée entre le Ciel et l’Enfer, tourmentée par sa dualité et capable des actes les plus sublimes comme les plus diaboliques pour se sentir exister ?

Gaële Boghosian a choisi de représenter les deux Faust écrits par Goethe, celui que nous connaissons qui raconte l’histoire d’amour tragique entre Faust et Marguerite publié en 1808 et celui, moins connu, que Goethe a écrit plus tardivement. Publié à titre posthume en 1832, Faust II, est la suite de la première pièce. C’est toutefois une œuvre entièrement différente, par le ton adopté, par les thèmes abordés et par la date de l’écriture. Elle est l’œuvre majeure des dernières années de Goethe. Moins tourmentée, moins tournée vers l’expression des angoisses personnelles, elle aborde davantage des problèmes politiques ou sociaux. Du second Faust, la metteure en scène ne garde que les actes qui évoquent la soif de pouvoir politique et la toute puissance sur les éléments. Ainsi, la pièce est construite comme une sorte d’opéra qui mène Faust de l’amour passionné à la fascination pour le  pouvoir sous toutes ses formes. Cette course vers une maîtrise totale des sentiments, des hommes et des éléments ne suffit pas à « divertir » ce savant qui, désespéré, s’écrie à la fin de sa vie : «  Je n’ai fait que désirer ».

La scénographie nous fait entrer dans un univers à la fois intime, le bureau du savant Faust dont les murs sont couverts de livres et en même temps religieux, une chapelle surmontée d’une rosace. Gaêle Boghossian mêle théâtre, arts visuels, musique et création vidéo. Ce spectacle, entre théâtre et cinéma, plonge le spectateur dans l’univers des personnages, grâce aux projections vidéo qui couvrent tous les espaces de la scène, voire de la salle, se superposent et nous immergent complètement. Nous « habitons » un univers en noir et blanc. Costumes, décor, projections, films, ne sont pas colorés. Seul le rouge du sang viendra éclabousser la scène et la robe de mariée de Marguerite. Et seul le chanteur/ compositeur/ guitariste, Clément Althaus, sorte d’ange envoyé par Dieu, apparaît en couleurs dans la rosace, comme dessiné dans un  vitrail. Ce personnage transmet la parole de Dieu et chante en s’accompagnant de la guitare créant une atmosphère sacrée. Les lumières de Samuèle Dumas contribuent à créer une ambiance de mystère, voire de magie que les rires sardoniques du diable viennent renforcer.

Le spectacle est divisé en deux parties correspondant aux deux Faust. La première partie est un duel entre Méphisto et Dieu qui défie le diable de parvenir à obtenir d’un homme qu’il demande que le temps s’arrête pour lui. Méphisto se met dans la peau de Faust et inversement. Cet échange de corps symbolise la dualité de l’âme humaine partagée entre le Bien et le Mal. Rajeuni, Faust tombe amoureux fou de Marguerite aperçue dans la rosace. La seconde partie est un duel entre Méphisto et Faust qui lui dit : « Si jamais dans un élan de plaisir tu me vois supplier le temps de suspendre sa course, alors tu pourras m’enchaîner, me traîner dans l’abîme, alors que la cloche des morts sonne, que l’horloge se fige, que l’aiguille tombe, que le temps s’arrête à tout jamais pour moi. ». Méphisto reprend son corps, Faust redevient le vieux monsieur avide de dominer les hommes et la nature. Méphisto le pousse à proposer à l’empereur dont le visage apparaît en vidéo dans la rosace et avec qui il dialogue, du papier monnaie pour combler les dettes de l’état. Ce qui provoque la banqueroute et la guerre, d’où les projections de soldats en marche et d’avions larguant des bombes. La bande son très forte, très rythmée accompagne ces épisodes de violences et de fureur durant lesquels on entend le rire démoniaque et jouissif de Méphisto tandis que Faust, lui, continue à crier son ennui et son désespoir.

La mise en scène de Gaële Boghossian est à la fois réaliste, religieuse, ésotérique et humoristique. Le jeu des acteurs est tout en nuances et sensibilité, notamment celui de la comédienne Mélisssa Prat qui interprète Marguerite et rend ce personnage très émouvant au point qu’elle devient un vrai personnage de tragédie pour qui nous éprouvons de la pitié. Les deux comédiens, Paulo Correia et Fabien Grenon,  font tous les deux de Méphisto une sorte de diable toujours en mouvement, à la fois démoniaque, sardonique et comique. Nous assistons davantage au combat entre le Bien et le Mal dans le cœur de Faust qu’à la lutte entre Dieu et le diable.

La fin de la pièce est à la fois terrible, émouvante et drôle. Au moment de mourir, Faust voit l’image de Marguerite grâce à qui il sera sauvé et il s’écrie alors : « Le plus beau moment de ma vie ». Méphisto veut empêcher l’ange de chanter pour accompagner cette mort, il s’agite comme un « beau diable » mais ne parvient pas à le faire taire et s’écrie, signifiant son échec : « : « Arrêtez, je vous hais de vous aimer » et « Je vous maudis tous autant que vous êtes » ! Mais il ne parvient pas à se faire entendre des hommes.

La très belle musique de Clément Althaus ainsi que des airs lyriques et religieux comme un Dies Irae accompagnent ce spectacle qui revivifie le mythe de Faust et nous permet de mieux cerner les motivations profondes des hommes.

 

L’œil pédagogique :

Philosophie : le Bien et le Mal

Allemand : Etude de Faust de Goethe

Français : classes de 1ère et Terminale : étude d’extraits de Faust, d’extraits des Pensées de Pascal, lecture de Un roi sans divertissement de Jean Giono

Iconographie et arts plastiques : les vanités

Education musicale : étude des extraits chantés dans le spectacle, l’art lyrique cf. CD de Clément Althaus

Physique : l’utilisation de la vidéo, du cinéma au théâtre

 

Le voyage immobile du docteur Heinrich Faust.

Collectif 8

D’après l’œuvre de Goethe

Adaptation et mise en scène Gaële Boghossian

Création vidéo Paulo Correia

Avec : Paulo Correia, Fabien Grenon et Melissa Prat

Création musicale et interprétation en direct Clément Althaus

Lumières Samuèle Dumas

Costumes Gaële Boghossian

Scénographie Collectif 8 et Divine Quincaillerie

Diffusion Vanessa Anheim Cristofari

 Crédit photos : Meghann Stanley.

Production Collectif 8 et Anthea-Théâtre d’Antibes

En collaboration avec MEDIACOM, le T2R (Charenton le Pont), l’Entre-Pont (Nice),

Le Théâtre du Sémaphore (Port de Bouc), le Théâtre de Corbeil Essonnes

Avec le soutien de la Région PACA, le Département des Alpes – Maritimes et la Ville de Nice.

En attente de dates de tournées :

Contact compagnie : vanessa@collectif8.com

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