#Avignon OFF – Avec L.I.R. et Artefact, Joris Mathieu entre expérimentation et condition humaine (Fin de cycle 4 et au-delà)

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A la Manufacture hors-les-murs, un dispositif et une création de Joris Mathieu. Ce directeur du TNG (Théâtre nouvelle génération) de Lyon est aussi universitaire, en plus d’être homme de théâtre. Il est avant tout un chercheur expérimental. Chacune de ses créations est une expérience sur le rapport du spectateur au théâtre ou sur le rapport du théâtre avec… le théâtre. Chaque fois, il pousse l’expérimentation jusqu’au boutisme, avec une grande capacité de distanciation parfaitement maîtrisée. Sous casque, dans une boîte ou face à un “artefact”, l’expérience peut sembler froide… Elle n’en est pas moins vivante et la réflexion qu’elle génère vivifiante. 

 

L’expérience démarre avec un dispositif du nom de L.I.R. (Livre in room). De l’extérieur, sa forme mi-arrondie sur fond orangé peut sembler presque ringarde. C’est ainsi que l’a voulu son scénographe et complice de longue date Nicolas Boudier. Petit clin d’œil aussi à tous ces dispositifs imaginés par nos auteurs (cinéma y compris) de sciences-fiction ? Et si on y était finalement ?

A l’intérieur, c’est une toute autre histoire. Entre hologrammes et effets d’optique (à effets) très futuristes, les livres (devenus des petits frères du livre-audio) s’écoutent et se regardent. Le principe est simple, de Cervantès à Audeguy, on choisit un livre et on le scanne. Apparaît alors, face à nous, dans cette boîte, un comédien-hologramme qui nous joue un extrait du livre. Notre imagination court follement : évidemment d’ici peu, la technologie sera arrivée dans notre salon et nos maisons d’édition auront tôt fait appel à des grands acteurs pour jouer une partie de notre littérature. Installés confortablement dans notre canapé, on pourra y voir surgir un Philippe Torreton jouant, lisant un grand texte de la littérature classique ou contemporaine… C’est bien, les acteurs ne sont pas prêts d’être au chômage. Oui, mais… Cela questionne forcément : notre rapport au livre, notre manière de lire, la question des images mentales et l’effort que nous sommes prêts à y mettre. Cela donne-t-il vraiment envie de lire la suite ? Le naturel fainéant de l’esprit humain ne reprendrait-il pas ses droits en tombant dans une consommation “théâtreusement-outrageusement” consumériste du livre ? Et après tout, pourquoi les maisons d’édition ne proposeraient-elles pas des lectures suffisamment complètes au point qu’il ne serait plus nécessaire de lire la suite ? On dit d’ailleurs que bientôt sur un ordinateur, tout sera traduit à l’oral et qu’il ne sera plus utile de lire… Cela fait peur quand on voit le niveau de lecture de nos jeunes. Alors oui, la technologie est belle, mais elle questionne forcément. Seulement voilà, on y est.

En bas de cette boîte à “lire”, se joue Artefact. Non moins technologique, non moins polémique. Les comédiens sont remplacés par des imprimantes 3D et des bras articulés. Une intelligence artificielle marionnettiste entièrement autonome construit son décor et nous explique sa démarche, elle est à la recherche d’une nouvelle manière de jouer du théâtre. L’imprimante 3D imprime sous nos yeux hypnotisés un élément du décor : un arbre. Le symbole est lourd de sens : jusqu’à quel point la machine est-elle capable d’imiter la nature ? La voix est volontairement synthétique, et une fois le décorum créé, à la demande de cette intelligence artificielle, Hamlet finit par se jouer sous nos yeux. Et c’est bien entendu la fameuse scène avec le crâne du bouffon Yorrick qui est choisie. L’image de cette “Vanité” est troublante et sa fonction morale interroge : ce n’est pas tant la question de l’acteur qui aurait perdu sa place dont il est question, mais plus globalement de notre condition mortelle (versus la machine), l’inanité de nos occupations terrestres et notre place réelle dans ce monde… L’expérience – théâtrale ! – ne peut évidemment nous laisser indifférent.

 

L’œil pédagogique

Dossier pédagogique à venir en technologie, sciences physiques, français et arts plastiques. On pourrait également ajouter l’EMC et la philosophie sur la question de la place des technologies dans notre société et sa manière de se substituer peu à peu à l’homme. 

 

 Artefact et L.I.R.

 

 Metteur en scène : Joris Mathieu.

Conception du dispositif scénique : Joris Mathieu, Nicolas Boudier.

Scénographie, création lumière : Nicolas Boudier.

Création vidéo : Loïc Bontems, Siegfried Marque.

Composition musicale : Nicolas Thévenet.

Robotique : Clément-Marie Mathieu.

Régie plateau imprimantes 3D : Gérald Groult.

Régie lumière : Basile Verrier.

Collaboration artistique : Philippe Chareyron, Vincent Hermano.

Collectif Haut et Court

 

À 11H30 : DU 10 AU 22 JUILLETRELÂCHE : 16 JUILLET
À 16H00 : DU 10 AU 22 JUILLETRELÂCHE : 16 JUILLET

LA MANUFACTURE
2 bis, rue des écoles
84000 – Avignon.

Artefact sera joué :

  • du 5 au 9 décembre 2018 – Scène nationale de Nantes. 
  • du 5 au 7 février 2019 – Théâtre des Privas
  • + Tournée internationale

A venir deux créations : 

“Moi, Les Mammouths” – 1er et 2 octobre Théâtre Paris Villette. Festival Spot. 

“Frères Sorcières” – Mars – TGN Lyon / Comédie de Saint-Etienne

                                  – Avril – Théâtre de Sartrouville et des Yvelines. 

 

 

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