#Une nouvelle jeunesse pour La Bohème de Puccini à l’Opéra Comique, un opéra aussi pour les jeunes générations ! (à partir de fin cycle 4)

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L’Opéra Comique propose un spectacle destiné à rajeunir l’image de l’opéra et à démocratiser son accès. Revisité par Pauline Bureau, Bohème, notre jeunessese présente comme un opéra français, d’une durée d’une heure trente sans entracte.

 

Le chef d’œuvre de Puccini, quoique composé et créé en italien, est un ouvrage en partie français par sa source littéraire. Le roman d’Henry Murger, Scènes de la vie de Bohème offre une peinture de la vie des jeunes artistes à Paris au milieu du XIXème siècle. Artistes de la bohème, c’est-à-dire non encore reconnus, ils vivent pauvrement, dévoués à leur art, insouciants et solidaires.  Le roman de Murger offre aussi une vision poétique et savoureuse de Paris. Initialement un roman devenu une pièce de théâtre à grand succès, il inspira deux compositeurs italiens, Leoncavallo et Puccini. On ne retient à l’heure actuelle que l’ouvrage de ce dernier créé à Turin en 1896.

 

De gauche à droite : Marie-Eve Munger (Musette), Sandrine Buendia (Mimi), Kevin Amiel (Rodolphe)

Le directeur de l’Opéra Comique de l’époque, Albert Carré, a souhaité donner cette Bohème – en traduction, car on ne jouait pas encore les ouvrages étrangers en langue originale. Accueillie avec enthousiaste, cette « Vie de Bohème » a compté pas moins de 1500 représentations entre 1898 et 1972, date à laquelle l’Opéra de Paris s’est approprié l’œuvre.

Le dispositif scénique de cette nouvelle production est ingénieux : des décors inventifs et mobiles travaillés par une vidéo discrète et efficace racontent le Paris de la fin du XIXème siècle, le passage des saisons sur les amours de Rodolphe et Mimi, de Musette et Marcel. « Le but n’est pas de regarder l’époque, mais de se sentir dedans » déclare Pauline Bureau. Dans cette mise en scène, tout est centré autour d’une construction très simple, tour à tour mansarde de Rodolphe, devanture du café Momus, bistrot proche de la barrière d’enfer et de nouveau chez Rodolphe où se termine l’opéra sur la mort de Mimi. L’espace bouge et évolue de même que Paris se transforme peu à peu (construction de la Tour Eiffel, du Sacré-Cœur, …).

 

Jean-Christophe Lanièce (Marcel), Marie-Eve Munger (Musette)

Dans la fosse, treize musiciens des Frivolités Parisiennes, dirigés par  Alexandra Cravero, assurent la partition de Puccini ré-orchestrée par Marc-Olivier Dupin. Certains pourront être surpris, habitués à un orchestre très étoffé dans la version originale, mais l’auditeur pourra librement se laisser entraîner dans cette version de « musique de chambre », plus intime. Les mélanges de timbres judicieusement choisis soulignent à merveille la ligne vocale des chanteurs.

Ces chanteurs-acteurs, tous issus de l’actuelle Nouvelle Troupe Favart, ont l’âge de leur rôle et une diction excellente. La Mimi de Sandrine Buendia nous a ravi ; son premier air est un enchantement ; elle a l’art de passer de la timidité à un côté mutin qui nous fait fondre. La Musette de Marie-Eve Munger facétieuse, sensuelle à la voix solide offre un contrepoint bienvenu au personnage de Mimi.

 

Sandrine Buendia (Mimi), Jean-Christophe Lanièce (Marcel)

La voix de Rodolphe (Kevin Amiel), un peu sur la réserve le jour de la première, s’est affirmée au fur et à mesure de l’ouvrage. Et Jean-Christophe Lanièce campe un Marcelo très à l’aise comme ami et confident.

Le titre du spectacle se justifie amplement : tout y est rajeuni, la place des femmes rééquilibrée par rapport à la partition originale, la forme très resserrée, l’utilisation intelligente de la vidéo, le choix de chanteurs jeunes. Comme le souligne Pauline Bureau, « C’est le frottement entre hier et aujourd’hui qui crée l’univers de Bohème, notre jeunesse. Deux époques qui dialoguent et s’éclairent mutuellement ».

 

 

L’œil pédagogique

La production est séduisante, la démarche singulière (parcours pédagogique) : Pauline Bureau est une auteure-metteure en scène sortie en 2004 du Conservatoire. Elle avait reçu en 2017 le molière du Jeune public pour Dormir cent ans. Lui confier ce livret permet de le renouveler en profondeur et donne accès à un nouveau public. Et précisément, le public scolaire devrait être séduit. Tout peut leur parler : un texte aux mots simples d’aujourd’hui ; des sentiments exprimant amour, joie, peine ; des personnages aux élans de solidarité ; un travail sur la vidéo qui se permet de jouer finement entre les espaces et les époques ; enfin dans cette version allégée, une musique qui ne les écrasera pas (ni par la durée, ni par la grande forme) comme cela peut se produire dans d’autres productions d’opéras.

Pourquoi ne pas imaginer un parcours pédagogique pluridisciplinaire à explorer dans quatre disciplines ? Le Français/ l’histoire/l’éducation musicale ainsi que les arts plastiques.

En français : comment se construit un livret d’opéra à partir d’un texte original ?

En histoire : le Paris d’Haussmann et les transformations radicales de la ville moderne ; les bourgeois, bohèmes, petites gens et leurs petits métiers.

Education musicale : écoute comparative entre l’original et cette version de chambre ; analyse du choix des instruments pour la version de 2018.

Arts plastiques : utilisation de la vidéo, repérage d’œuvres picturales glissées dans la conception du décor.

 

Bohème, notre jeunesse, Opéra Comique jusqu’au 17 juillet.

Opéra en français d’après Giacomo Puccini

Mise en scène Pauline Bureau

Adaptation musicale Marc-Olivier Dupin

Direction musicale Alexandra Cravero

Avec Sandrine Buendia, Kevin Amiel, Marie-Ève Munger, Jean-Christophe Lanièce, Nicolas Legoux, Ronan Debois

Orchestre Les Frivolités parisiennes

 

Coproduction avec l’Opéra de Rouen. Tournée prévue en région Normandie à partir de novembre 2019.

Représentations hors les murs prévues en avril 2019 au Théâtre Jean Vilar de Suresnes et en mai 2019 au Théâtre Montansier de Versailles.

 

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