#Irène Jacob, interprète renversante de Cocteau (option théâtre et plus)

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Irène Jacob, fine interprète de Cocteau, se produisait au Centquatre, à Paris, dans le cadre du festival ManiFeste. Perchée sur une sorte de ring en plexiglas, dispositif aussi onéreux qu’impressionnant, la comédienne s’offre littéralement au public qu’elle place en dessous, allongé, forcément en position de voyeur. 

 

Irène Jacob est une artiste magistrale. Il faut l’être pour dire un texte lacunaire, tronqué, celui d’une rupture, d’un abandon. Perchée sur un plateau de plexiglas à deux mètres du sol, elle recrée parfois le proscenium, s’avançant régulièrement du même côté. Mais c’est surtout par en-dessous, presqu’en voyeur, que le public, autorisé à se déplacer, la regarde. Le plateau entouré de cordes de ring s’y apparente, le texte assimile d’ailleurs le coup de téléphone de l’absent à « un coup » physique.

Alors, la délaissée se bat contre elle-même, elle ment, omettant de dire à l’autre sa souffrance, par téléphone interposé. Entre deux communications coupées – la ligne fonctionne mal – elle fume, se roule à terre, pleure, crie, soutenue par un éclairage et un fond sonore ad hoc.

Lorsque l’absent la rappelle – au fait, pourquoi ? puisqu’il l’a quittée et s’apprête à en épouser une autre – elle lui parle de la douleur… du chien délaissé par son maître et dont on entend, par intermittences, les grognements.

Ce texte que Jean Cocteau signe en 1927, devenu livret de l’opéra de Francis Poulenc en 1959, apparaît ici dans toute sa modernité : soliloque dépouillé, errance solitaire, meurtrissure de l’abandon. La gestuelle désordonnée de Irène Jacob porte sa parole, dévoilant une douleur tout à la fois contenue et déchirante. C’est un être désintégré, au bord du suicide : elle mime la pendaison aux cordes du « ring ».

Roland Auzet a, semble-t-il, voulu accentuer le vertige du spectateur par une mise en scène originale et hors-normes. La lumière tantôt blanche, tantôt multicolore jusqu’au rouge sang, ponctue les étapes de ce calvaire. C’est, en ce sens, la redécouverte d’une pièce, créée par Berthe Bovy à la Comédie-Française en février 1930, dans une mise en scène de Jean-Pierre Laruy, pièce dont la première représentation privée avait été chahutée par les surréalistes. Fort heureusement, elle fut applaudie et ovationnée en ce dimanche 10 juin 2018, au 104 dans le cadre de ManiFeste-2018, festival de l’Ircam.

 

« VxH  » 

Après avoir été joué du 4 au 10 juin au Centquatre à Paris, dans le cadre du festival ManiFeste, le spectacle sera repris du 9 au 22 novembre au théâtre des Célestins à Lyon. Puis les 24 et 25 novembre au théâtre de l’Archipel, scène nationale de Perpignan.

La Voix humaine, de Jean Cocteau et Disappear Here de Falk Richter.

Avec : Irène Jacob.

Conception, musique, scénographie et mise en scène : Roland Auzet.

Collaboration artistique, chorégraphie : Joëlle Bouvier.

Réalisation informatique musicale Ircam : Daniele Guaschino.

Ingénieur du son Ircam : Luca Bagnoli.

Lumières : Bernard Revel.

Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage

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