#Avignon Off 18 et plus (Lycées) : “Sur la route”, du fait divers à l’archéologie d’une vie. Violence policière, lois inversées et vie intime d’une femme moderne

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Découvert lors de la sortie de résidence au printemps 2018, “Sur la route” est un spectacle prometteur. Il parle avec toute la force d’un témoignage, inspiré de la révoltante histoire de Sandra Bland, morte l’été 2015 aux Etats-unis pour un oubli de clignotant… Sous la plume de la très talentueuse Anne Voutey, la pièce est portée par un trio de comédiennes singulières, dans une co-mise en scène fine et forte de l’auteure et de Karima Gherdaoui. “Sur la route”, donne à “ressentir” l’histoire par le témoignage, les jeux de pouvoir par la force poétique, l’universalité par le singulier. Une pépite naissante, au Petit Chien (Avignon Off), à 22h30, puis en tournée. 

 

Le portait chinois 

Si c’était une couleur ?

Le noir de l’espoir.

Si c’était un instrument ? 

La voix humaine.

Si c’était une matière ?

L’asphalte, qui nous transporte, nous roule, nous inspire.

 

L’oeil

Encadrée par un rideau noir translucide et un grand pneu rayé d’un trait blanc, chacune des trois comédiennes nous fait face. Elles se tiennent devant nous prêtes à porter haut cette histoire de discriminationS et de pouvoir qui interroge notre humanité. L’intense musique de Camélia Jordana et les mouvements ciselés chorégraphiés par Céline Tringali, nous transportent au cœur du récit.

Sur la route est la première pièce d’Anne Voutey. Ses mots résonnent avec précision. L’utilisation des vers libres est d’une force telle qu’ils percutent l’âme, ses réflexions agissent sur le public et interpellent des citoyens émus.

Une écriture qui donne envie :

“Il est là, maintenant, à côté de moi.
Lui debout, dans son uniforme. Moi, assise, dans ma robe violette.
Il retire ses lunettes et déjà je n’aime pas. Cette manière de me regarder. De me dévisager. Tout est déjà là, enfermé dans le vide de ce regard.
Et, comme si ça ne suffisait pas, le voilà qui plisse l’œil, me réduisant encore un peu plus, comme on le ferait avec du bétail, à quelques détails – qui, pour lui, disent tout.
Le noir de ma peau,
Le décolleté de ma robe,
La cigarette que je tiens à la main.
C’en est fait. Tout est dit.
En un regard, nous sommes réduits à deux que tout oppose, effraie, irréconcilie.
Mon cœur bat vite. J’essaie de rester calme. Je parle, j’explique.
Il n’écoute pas.”

 

Écrite pour une seule voix , Sur la route est finalement raconté au public par trois femmes (cinq interprètes en alternance). Trois voix, afin que le récit de cette femme noire américaine de 28 ans, qui se rend à son premier jour de travail en tant qu’administratrice d’université dans sa voiture, parvienne à chacun.

Les différences, les singularités, les préférences, de chaque interprète révèlent les étapes, les facettes, les stéréotypes dans la vie d’une même femme. Elles révèlent sa bataille dans sa vie professionnelle, ses espoirs amoureux, ses liens familiaux et sa personnalité jusque ses choix vestimentaires, ses rêves et ses espoirs. Au fil du drame qui survient, elles nous délivrent (de) cette injustice, nous font vivre cette confrontation avec ce “cow-boy de la route”, ce représentant des forces de l’ordre américaines, cet archétype des incompréhensibles, des prêts à penser dans un combat à mort.

Guidé par Karima Gherdaoui avec justesse, ce trio est déjà, lors de cette sortie de résidence, l’intimité et l’intensité des sentiments. Une grande puissance en mouvement se dégage de leur jeu : on retrouve la force ludique et l’émotion dense de Nadège Beausson-Diagne, on découvre la présence impérieuse, lunaire et ancrée presque irréelle d’Aya Cissoko et on savoure la puissance sensible et l’humour fracassant de Mata Gabin.

 

 

Sur la route : une promesse dans la lutte incessante pour la justice et les droits humains.

Sur la route : la promesse d’un spectacle important et sensible.

Sur la route : à partager au Petit Chien à 22h30 et encore longtemps après !

 

 

 

L’oeil pédagogique

Évoquant les thèmes des préjugés, des discriminations, des injustices aussi bien dans le cadre de l’Histoire, qu’à travers la vie d’un individu, cette pièce trouvera sa place tant en E.M.C. qu’en Histoire. La langue employée pourra  d’une part faire écho à l’évolution des vers et de la poétique, d’autre part le travail de transposition du témoignage réel vers le récit poétique ouvrira des pistes en Français, évidemment. Les questions du Droit et du Pouvoir pourront être déployés en Philosophie, mais aussi en Lycée professionnel. Enfin l’histoire vraie, dont est né le texte, serait une source d’inspiration pour travailler sur les témoignages via les récits des médias, en Anglais comme en Français.

 

SUR LA ROUTE 

Festival Avignon OFF

Théâtre du Petit Chien

76 rue Guillaume Puy, 84000 AVIGNON

Du 6 au 29 juillet – 22h30

(Relâches : 11, 18 et 25 juillet)

Réservations : 04 84 51 07 48.
Mail : contact@chienquifume.com

durée : 1H00

A partir de 12 ans

 

Texte : d’Anne VOUTEY.

Mise en scène : Anne VOUTEY et Karima GHERDAOUI.

Interprétation  : Manda TOURÉ, Nadège BEAUSSON-DIAGNE, Mata GABIN, Aya CISSOKO et Rachel KHAN  (en alternance).

Du 6 au 13 juillet : Mata Gabin- Aya Cissoko- Rachel  Khan
Du 14 au 15 juillet : Mata Gabin- Manda Touré- Rachel Khan
Du 16 au 21 juillet : Mata Gabin- Manda Touré- Nadège Beausson-Diagne  
Du 22 au 29 juillet : Mata Gabin- Aya Cissoko- Nadège Beausson-Diagne

Musique : Camélia JORDANA.

Son : Thomas DE FRAGUIER.

Chorégraphie : Céline TRINGALI.

Lumières : Anne GAYAN.

Photos : © Amélie LOSIER- © Anne GAYAN.

Graphisme : Manon  TREGARO.

Diffusion : Xavier LEGAT / Matrioshka Diffusion.

Productions : ZARTS.PROD.

Partenaires : Théâtre Paris-Villette, Maison des Métallos, Théâtre du Tarmac, Théâtre de la Colline, Maison des Fougères, Éducateurs Fondation Feu Vert, Association Déclic Alpha 20, Centre d’animation Louis Lumière, Radio FPP, MPAA, Secours Populaire.

Soutiens : Ville de Paris, Mairie du 20ème, DRAC Ile de France, DILCRAH, CAF, SPEDIDAM, Fond de Soutien SACD, ADAMI.

 

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