#A lire et à faire lire (dès la classe de 4e) : “Kimpa Vita ou la fille d’Apolonia”, entre esclavage et colonialisme, le récit poignant et nécessaire d’une grande prophétesse d’Afrique centrale

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Dans notre rubrique “Lire et faire lire du théâtre contemporain” et dans le cadre de notre partenariat avec les Editions de la Librairie théâtrale, nous avons retenu cette pièce “Kimpa Vita ou la fille d’Apolonia”, de l’auteur congolais Marc-Antoine Vumilia Muhindo, et tout juste parue en octobre 2017. S’inspirant d’un personnage ayant réellement existé, Kimpa Vita a osé s’opposer aux missionnaires européens dont elle ne reconnaît pas la valeur religieuse et crée alors son propre mouvement. Inquiet des foules qu’elle rassemble autour d’elle, elle est condamnée à être brûlée vive sur le bûcher avec son nourrisson en 1760 par un tribunal formé par des missionnaires capucins. Son enfant sera sauvé de justesse, mais pas elle. Véritable héroïne dans l’histoire du Congo, Marc-Antoine Vumila Muhindo, lui-même condamné à mort injustement par la cour martiale de son pays et en exil, écrit ce magnifique récit digne d’être lu par notre jeunesse, en mémoire de cette grande figure, sinon pour mieux comprendre les débuts de la colonisation africaine et de l’esclavage imposée par les pays occidentaux. 

 

Histoire de Kimpa Vita, une prophétesse émouvante et emblématique

Kimpa Vita enseigne que Jésus, ses apôtres et de nombreux personnages bibliques sont noirs et sont pour la plupart des Ne kongo (le véritable peuple élu). Le roi Antoine Ier Nvita Nkanga en kikongo doit être considéré comme un «Messie», Kimpa Vita se disant elle-même possédée par son esprit. On prétend qu’elle meurt chaque vendredi et ressuscite chaque dimanche, après avoir passé deux jours à s’entretenir avec Dieu.

Kimpa Vita adapte certaines prières catholiques, notamment l’Ave Maria et le Salve Regina, qu’elle transforme en « Salve Antoniana».

Son mouvement est appelé antonien ou antonianiste ; des missionnaires diffusent sa doctrine dans d’autres régions du royaume. Elle reconnaît l’autorité du pape mais se montre hostile aux missionnaires européens, principalement actifs sur la côte atlantique. Pierre IV, inquiet du succès rencontré par le mouvement antonianiste, finit par la faire arrêter et condamner au bûcher en 1706 avec son enfant, après un procès en hérésie, devant un tribunal civil conseillé par les missionnaires capucins Bernardo da Gallo et Lorenzo da Lucca. Après avoir confessé ses “péchés”, elle fut brûlée vive sur un bûcher le 2 juillet, dans la ville d’Evolulu (Angola), près de Mbanza Kongo avec son compagnon et «Ange gardien», João Barro. leur fils nouveau né est sauvé grâce à l’intercession auprès du roi de leur dernier confesseur le père Lorenzo da Lucca. Il est baptisé par ce dernier Jerónimo contrairement au souhait de sa mère qui voulait le nommer António.

 

Une pièce montée comme une tragédie grecque

L’auteur fait de cet épisode dramatique de l’histoire du Congo un hymne à la tolérance, au mélange des couleurs de peaux, des religions, des cultures, des techniques, des arts, un magnifique hommage aux métissages. Kimpa Vita ou la fille d’Apolonia est construite comme une tragédie grecque. Un long prologue porté par Apolonia, sorte de Cassandre moderne, avec humour, ironie et intelligence, trois actes, des personnages de haut rang (rois, prêtres, envoyés du roi d’Espagne) aux caractères très marqués, certains lâches et retors, d’autres courageux et fiers… Les enjeux des confrontations violentes font avancer l’action de scène en scène vers une «catastrophe» annoncée. Seul l’enfant métis né de l’Africaine, Kimpa Vita, personnage éponyme et d’un Portugais, Diogo, venu là pour comprendre, incarne l’espoir de la naissance d’un monde meilleur où les hommes se réconcilieront dans le respect de la couleur de peau, de la religion et de la culture de l’autre.

Une écriture vive, nerveuse, moderne voire « anachronique » qui ne rebutera pas les jeunes lecteurs,  des personnages qui nous émeuvent ou nous révoltent, la sorcellerie, le fétichisme, la religion chrétienne et son prosélytisme, le monde de la colonisation, l’esclavage, l’histoire du Congo… autant de centres d’intérêt pour des élèves de collège et de lycée. La pièce peut être lue par extraits choisis par l’enseignant ou intégralement selon le niveau des élèves. En 4ème, c’est un texte qui illustre magistralement l’objet d’étude au programme, l’esclavage. A mettre en lien avec la pièce de Souria Adèle, Mary Princeà l’étude et déplaçable dans votre établissement. 

 

Un artiste brillant, exilé politique

“Marc-Antoine Vumilia Muhindo, est accusé de trahison et condamné à mort par une cour martiale à la mort de Laurent-Désiré Kabila en 2001. Il s’évade en 2010 et témoigne dans deux films d’Arnaud Zajtman et Marlène Rabaud : “Meurtre à Kinshasa” et “Adieu l’enfer”. C’est aussi un artiste brillant qui s’est formé à l’atelier théâtral du Centre culturel français de Kisangani au début des années 80. Il a travaillé avec Faustin Linyekula grâce à  des textes comme Un monologue de chien au cœur du spectacle Sur les traces de Dinozord créé à Vienne en 2006 au New Crowned Hope Festival de Peter Sellars. Il écrit d’autres textes dont L’Odyssée d’un fantôme pour le Blekinge Rikstheateren Suède et obtient une bourse du Festival de Limoges pour écrire Kimpa Vita ou la fille d’Apolonia. En tant que comédien, il travaillé sous la direction de metteurs en scène comme Christian Schiaretti dans Une saison au Congo d’Aimé Césaire, collaboré avec le metteur en scène et réalisateur suisse Milo Rau pour Tribunal pour le Congo en qualité d’expert. En tant que metteur en scène, il monte De la chaire au trône de l’ivoirien Amadou Koné à l’institut français de Brazzaville et son projet pour 2018 est un monologue féminin, La guerre du café n’aura pas lieu avec la comédienne franco-suédoise Julie Finnved. Il poursuit des études de critique des arts de la scène et de dramaturgie à l’université de Stockholm.”

Un dossier pédagogique est en cours de réalisation. Il pourra être mis à la disposition de l’enseignant qui souhaitera lire et/ou faire lire cette pièce à ses élèves, soit en lecture cursive, soit en lecture suivie. 

Une lecture-présentation peut aussi être envisagée sur demande avec un groupe à la Librairie théâtrale.

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Kimpa Vita ou la fille d’Apolonia, Marc-Antoine Vumila Muhindo. 

Texte publié aux Editions de la Librairie théâtrale, collection l’œil du Prince, 2017.

Niveaux : cycle 4, lycée. 

Disciplines : Français, histoire, EMC.

Thème : Colonisation, esclavage, tolérance, respect, histoire du Congo. 

Prix public : 13€.

Prix scolaires et abonnés QVLP très avantageux, en fonction du nombre de commandes (voir à ce sujet article explicatif).

Renseignements auprès de l’équipe QVLP : 06 60 28 38 45 / info@quiveutleprogramme.fr

ou celle de la Librairie théâtrale (en les contactant de la part de Qui Veut Le Programme ?) : 

Adresse : 3 Rue de Marivaux, 75002 Paris / 01 42 96 89 42. 

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