#Théâtre de Belleville : quand la scène (re)devient politique avec la “Parole de Fralibs” et leur marque “1336” (classes de lycée)

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Quelle excellente idée d’avoir porté à la scène l’histoire des ouvriers de Fralibs. Souvenez-vous, vous en avez forcément entendu parler… C’était en 2010, quand Unilever et leur usine de fabrication de thé (la maque “Éléphant”), basée vers Marseille, voulait fermer ses portes pour délocaliser sans vergogne entre la Belgique et la Pologne (et gagner 6 centimes d’euros supplémentaires sur chaque boîte de thé vendue). Seulement voilà, le groupe, qui pèse plus de 46 millions de chiffres d’affaires, ne pouvait se douter de la détermination des personnes (de simples ouvriers pourtant) qu’ils avaient en face. Certains sont certes partis avant avec un gros chèque, d’autres ont fait le choix de se battre… 1336, c’est le nombre exact de jours qu’a duré leur acte de résistance contre le géant anglo-néerlandais de l’agro-alimentaire. Une belle leçon d’humanité. 

 

Le spectacle a été porté pour la première fois à la Comédie de Saint-Etienne en 2015, peu de temps après que le groupe des Fralibs, fraîchement réuni en scop*, dévoilait sa nouvelle marque : 1336, remplaçant par là la marque de thé “Elephant” portée par le géant et auquel l’usine appartenait initialement.

La scénographie est des plus dépouillée. Une table, un seul comédien est assis devant. Il a même son texte devant lui. Par provocation ? Cette forme adoptée est non sans rappeler le théâtre dit de narration de l’Italien Marco Balliani, opposé aux fastes du régime Berlusconi et dont David Lescot explique le contenu dans un article passionnant**. La parole est à la première personne, l’intime se mêle au combat, sous l’accent chantant des cigales marseillaises, chevillé au corps d’un combat sans merci que nous suivons ici avec passion. Sans jamais les nommer, Philippe Durand nous attache aux personnages. Dans ces je si bien maniés, même si fidèles à nos héros, sait-on jusqu’à quel point la parole du comédien est engagée dans ce qui est raconté… témoignages restitués certes, mais recueillis et impliqués.

Soit, le groupe quant à lui s’est engagé à ne plus rien dire sur Unilever. Mais rien n’empêche un comédien de porter leur parole au théâtre. N’est-ce pas aussi, dans cette forme volontairement austère, une volonté de revenir aux origines du théâtre et dans sa dimension la plus polis-tique ? Cela a au moins l’efficacité de dévoiler un système dans lequel “Selon que vous serez puissant ou misérable…”***.

Voilà une belle leçon. Humanité et espoir regonflent la voilure de tous nos David des temps modernes osant se dresser face à ces Goliath. Les intimidations diverses et variées, l’usure, l’érosion probable et escomptée de ces géants pour qui le temps peut s’étirer à loisir ne souffrant jamais de manquer, voilà de quoi achever les plus déterminés. Le courage est donc immense et le respect sans conteste. Chapeau bas.

 

L’œil pédagogique

Il serait dommage que les professeurs d’économie (ou d’éco-gestion en LP) ne s’emparent pas de ce spectacle. Un petit bijou pour comprendre le fonctionnement d’une entreprise ou celui de la Bourse, ou bien même du marché du travail en général. Une manière intéressante d’entrer au cœur d’une usine et de son entreprise, de se préparer au monde du travail, tout en s’intéressant à un récit qui constitue déjà une page de notre histoire tant elle est (malheureusement) singulière. Le spectacle, facilement déplaçable, peut parfaitement être joué au sein d’un établissement scolaire.

 

  • *Scop : Forme juridique d’entreprise, dans laquelle tout le monde est au même plan et les décisions se prennent de manière collégiale. Au sein d’une Scop, les salaires ne varient que de 1 à 1.35%, contrairement à la SARL précédente où les salaires pouvaient varier de 1 à 350%. 
  • **David Lescot, « Des éclats d’histoire », Études théâtrales 2011/2 (N° 51-52), p. 102-107.
  • Allusion à la Fable de Jean de La Fontaine “Les Animaux malades de la peste”, Fables (1668 à 1694), Livre septième, I.

1336 (PAROLE DE FRALIBS)

Une aventure sociale racontée par Philippe Durand. 

Du 7 mars au 31 mai 2018,Théâtre de Belleville, Paris 11e.

17 mars 2018 • Médiathèque de Mitry-Mory.
23 mars 2018 •  Association Culturelle et de Loisirs de Cordemais.
2 juin 2018 • CMCAS de Valence.

13 et 14 juillet 2018 •  Festival Nuits de Rêve d’Yssingeaux.

 

Production : La Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national.

Création en juin 2015 à La Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national dans le cadre de La Fête de La Comédie.

Le texte est publié aux Éditions D’ores et déjà.

Pour soutenir les Fralibs :

Association Fraliberthé : http://fraliberthe.fr/

Association autogestion : www.autogestion.asso.fr

 

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