# Dans la peau de Don Quichotte (cycle 4 et lycée), ou la trouée des espaces sans frontière entre réalisme pathétique et mythe sublime !

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Après les remarquables “Blanche-neige ou la chute du mur de Berlin” et “Hansel et Gretel”, on était en droit de se demander ce que La Cordonnerie aurait de plus à nous raconter avec leur dernière création “Dans la peau de Don Quichotte”…  Pari hautement réussi et à double titre : magnifique travail de réécriture en s’attaquant au monstre littéraire Cervantès ; renouvellement également dans la forme, franchissant un pas certain dans la mise en scène. Cette création, en tournée, se produira en juin au Théâtre de la ville (Paris). Assurément à ne pas manquer. 

 

Pour ceux qui découvrent cette compagnie, elle est d’abord née à Lyon, dans l’arrière boutique d’une cordonnerie. C’est ainsi qu’ils ont gardé ce nom. Leurs “ciné-spectacles”, ainsi nommés, sont devenus un genre à part entière. Ils ont pour tradition la réécriture d’un conte ou d’un grand texte classique (Super Hamlet par exemple) qu’ils vont ensuite filmer en même temps qu’ils en assurent doublages et bruitages sur scène. Le fond étant toujours d’une grande intelligence, la forme, même si drôle et originale, avait en revanche tendance à se répéter. Or là, avec ce Don Quichotte, il n’en est rien… C’est du grand, très grand spectacle que nous applaudissons, en même temps que cette bribe d’humanité bien touchante, incarnée par un bibliothécaire devenu fou à force de lectures et d’amour… et un technicien de surface même si bien conscient de se prendre pour Sancho Panza, poussé par l’envie de croire en la folie du rêve…

 

Une des forces de ce spectacle est le positionnement de la caméra, le point de vue interne adopté… Où l’on passe de l’univers poussiéreux d’un gratte-papier de bibliothèque tout gris au kaléidoscope prismatique sorti tout droit de l’imagination de notre héros. C’est ainsi que le vieux vélo rouillé devient Rossinante, un plat à barbe, un heaume d’une grande valeur et le TGV, un énorme monstre de fer qui rugit à Très Grande Vitesse, périclitant sauvagement avec notre monde moderne que les deux compères observent dans le désert rural de l’hiver. Cette histoire est aussi celle d’un homme à la triste figure, à l’aune du XXIe siècle, qui, en guise de bug, devient à la suite d’un burn out, le clochard du village hurluberlu, parti sur les routes en ruine de sa conscience, en quête de bonnes actions confondant dans les méandres de son imagination livresque, le pauvre employé-exploité d’usines avec l’esclave battu à mort par son maître.

 

 

Ici trucages et artefacts sont permis, jouant avec les codes, détournant les objets par un doublage s’arc-boutant entre authenticité et décalages, entre pastiches et réécritures. Mais les niveaux de jeu et d’écriture ne se contentent pas que de cela… et c’est précisément là que La Cordonnerie a magnifiquement trouvée ici ce point d’orgue entre Cinéma et spectacle. Les comédiens traversent l’écran, errent sur la scène comme à l’écran, entre le réel et le parodique, faisant de nous des spectateurs malgré nous de cette trouée des espaces sans frontière.

C’est ainsi que cette fable, tout à la fois grave et comique, rejoint le mythe sublime et pathétique du personnage littéraire et éminemment moderne…

 

 

L’œil pédagogique

Le français a comme à son habitude l’embarras du choix pour s’emparer d’un tel spectacle : de la réécriture à la définition du héros (ou de l’anti-héros) moderne, en passant en langue par la question des points de vue, l’enseignant de fin de collège comme celui de lycée trouvera son bonheur.

Il serait également intéressant de permettre aux matières de sciences physiques et de musique de se croiser sur un travail commun sur le son, sa propagation et son absorption, par exemple. Briques à venir !

 

Dans la peau de Don Quichotte

Un spectacle de Métilde Weyergans et Samuel Hercule d’après l’œuvre de Cervantès.
Assistante à la mise en scène : Pauline Hercule.
Musique originale : Timothée Jolly et Mathieu Ogier.
Avec : Philippe Vincenot, Samuel Hercule, Métilde Weyergans, Timothée Jolly, Mathieu Ogier.
Et à l’écran : Ava Baya, Jean-Luc Porraz, Anne Ferret, Michel Le Gouis, Nicolas Avinée, Xavier Guelfi, Pierre Germain, Constance Chaperon, Alexis Corso, Grégoire Jeudy…
Assistants réalisation : Grégoire Jeudy et Damien Noguer.
Image : Lucie Baudinaud.
Décors : Dethvixay Banthrongsakd.
Costumes : Rémy Le Dudal.
Montage Gwenaël : Giard Barberin.
Direction de production tournage : Lucas Tothe.
Création sonore : Adrian’ Bourget.
Création lumière : Soline Marchand.
Construction machinerie : Les Artistes Bricoleurs Associés.
Compagnie La Cordonnerie.
Durée : 1 h 40.

 

Tournée

27 et 28 février 2018 : Théâtre, Villefranche-sur-Saône
 (69).
7 et 8 mars 2018 : Le Granit, Scène nationale, Belfort (90).
13 au 15 mars 2018 : Les 2 Scènes – Scène nationale, Besançon
 (25).
4 au 6 avril 2018 : Comédie de Caen – CDN Normandie, Caen (14).
10 et 11 avril 2018 : Maison de la Culture – Scène nationale, Bourges (18).
4 au 6 mai 2018 : Théâtre Am Stram Gram, Genève (Suisse).
15 au 19 mai 2018 : Théâtre de la Croix Rousse, Lyon (69).
25 mai 2018 : L’Apostrophe, Scène nationale Cergy-Pontoise et Val d’Oise – Théâtre de Jouy-le-Moutier, 
 Jouy-le-Moutier (95).
1er au 9 juin 2018 : Théâtre de la ville, Théâtre des Abbesses, Paris 18e.

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