# Le cauchemar éveillé de Macbeth (classes de lycée) à l’Odéon fait la part belle au PAF de l’Académie de Paris !

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Patricia Chabot est professeure de Lettres dans un lycée parisien. Cette chronique a été écrite suite à un stage mené les 5 et 6 février, avec Madame Françoise Gomez et l’Académie de Paris dans le cadre du P.A.F., Lettres, Théâtre et interdisciplinarité. 

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S’il ne fallait qu’une raison pour aller voir Macbeth à l’Odéon, mis en scène par Stéphane Braunschweig, il y aurait celle du texte, merveilleusement traduit par Daniel Loayza, en collaboration avec Stéphane Braunschweig. Traduction actuelle, fluide et élégante, qui retranscrit très finement le dire shakespearien.

Il y aussi les comédiens, en particulier Adama Diop, tout à la fois clownesque et tragique, dans le rôle de Macbeth, inspiré par les litanies incantatoires des trois sorcières qui l’incitent au meurtre tout comme sa femme, Lady Macbeth, incarnée par Chloé Réjon.

Reste le décor de laboratoire d’une boucherie ou d’un abattoir que les différents acteurs du spectacle nomment « cuisine », tout carrelé de blanc, auquel se superposent les dorures d’un palais élyséen. Au cours du stage de deux jours, lundi 5 et mardi 6 février 2018, remarquablement organisé par Madame Françoise Gomez, I.A.-I.P.R. émérite, dans le beau salon Roger Blin du théâtre de l’Odéon, Alexandre De Dardel, scénographe et collaborateur de Stéphane Braunschweig sur la scénographie de Macbeth, a longuement explicité le système d’emboîtement des deux décors destinés à transcrire l’idée de pouvoir et celle de folie meurtrière.

Folie, certes, mais folie raisonnée. Jan Kott, dans Shakespeare, notre contemporain1, écrit : « On a dit que Macbeth était la tragédie de l’ambition, on a dit aussi que c’était la tragédie de la peur. C’est faux. Dans Macbeth, il n’y a qu’un thème, un mono-thème. Ce thème, c’est le meurtre. L’histoire y est ramenée à sa forme la plus simple, à une seule image, à un seul partage : entre ceux qui tuent et ceux qui sont tués. […] Macbeth a tué le roi, car il ne pouvait accepter d’être le Macbeth qui a peur de tuer le roi. Mais le Macbeth qui a tué ne peut accepter le Macbeth qui a tué. » Stéphane Braunschweig, par le comédien qu’il a choisi, illustre parfaitement cette psychologie dévastée par le meurtre et le cauchemar auquel assistent, impuissants ou victimes, les personnages de Banquo, de Duncan ou de Macduff, successivement endossés par le comédien Christophe Brault qui, avec Thierry Paret, personnage du portier, ont honoré le groupe des stagiaires de leur présence, l’après-midi du mardi 6 février 2018.

[…] « la tragédie de Macbeth [est] tout entière dédiée à la Nuit », estime Henri Fluchère2 et au Cauchemar éveillé dans ce monde où le sommeil a déserté les protagonistes. Les dialogues de Shakespeare le disent à plusieurs reprises et Stéphane Braunschweig met très bien en exergue ce détraquement hypnique par la scène de somnambulisme de Lady Macbeth, déambulant sous l’œil de sa suivante et du médecin, quelque peu freudien.

 

Lecture d’une pièce ô combien intéressante donc, jusqu’au 10 mars 2018, au Théâtre de l’Odéon, Paris.

 

 

  1. Traduction par Anna Posner, Editions Payot et Rivages, Paris, 2006. – 2. Fluchère Henri, « La damnation de Macbeth », in Cahiers Renaud-Barrault n°57 de nov. 1966, « William Shakespeare », p. 42.

 

Macbeth, William Shakespeare.

Du 26 janvier au 10 mars, Théâtre de l’Odéon.

Puis du 16 au 18 mai à la Comédie de Reims.

Traduction : Daniel Loayza et Stéphane Braunschweig.

Avec : Christophe Brault, David Clavel, Virginie Colemyn, Adama Diop, Boutaïna El Fekkak, Roman Jean-Elie, Glenn Marausse, Thierry Paret, Chloé Réjon, Jordan Rezgui, Alison Valence, Jean-Philippe Vidal.

Collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou.
collaboration à la scénographie : Alexandre de Dardel.
Costumes : Thibault Vancraenenbroeck.
Lumière : Marion Hewlett.
Son : Xavier Jacquot.
Vidéo : Maïa Fastinger.
Maquillages / coiffures : Karine Guillem.
Assistante à la mise en scène : Laurence Kélépikis.
Assistante aux costumes : Éricka Selosse.
Stagiaire assistante à la mise en scène : Isis Fahmy.

Production Odéon-Théâtre de l’Europe.

Avec le soutien du Cercle de l’Odéon.

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