#Parler la bouche pleine (dès 3e et lycée + options théâtre) pour six personnages en quête de mots…

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“Parler la bouche pleine” est un spectacle atypique, sans parole. Ce sont ici sept comédiens sortis tout droits d’un tableau de Hopper qui se mettent dans la peau d’une famille à table. D’un repas si ordinaire, on glisse imperceptiblement du comique au grotesque puis au tragique. Création très osée et très réussie du jeune metteur en scène Julien Bonnet qui interroge la définition même du personnage de théâtre en même temps qu’il pose un questionnement cru sur la communication entre les êtres et notamment au sein d’une famille. C’est au théâtre de la Loge, certes pendant les vacances de février, mais c’est à suivre dans tous les cas !

Spectacle atypique, sans parole, mais sans mimes ni caricatures. Sortis d’un tableau de Hopper par leurs postures, leurs manières de regarder, de tourner le visage vers l’autre, de poser leur corps, par les couleurs unies de leurs vêtements (rouge, bleu, marron, vert, beige…), les personnages se déplacent et exécutent des actions selon une chorégraphie réglée au millimètre. On pense à la photographie aussi et aux films muets.

Une bande son conçu par Adrien Ledoux accompagne les acteurs et se fond littéralement dans le récit de ce repas de famille, d’abord si commun et si ordinaire. Six personnages, tous physiquement très différents et très caractérisés : nous devinons là le père, la mère, une fille et son compagnon, un fils, une tante peut-être… Ils nous regardent fixement, nous sourient même lors de l’entrée des spectateurs dans la salle. Cette table est le centre de l’action. Un tabouret est vide. Dans le coin, côté cour, accroché au mur, un téléphone noir, à cadran. Ce téléphone est l’élément déclencheur des actions/réactions des personnages. Ils attendent un convive. Qui est-il ? Un fils, un frère, un beau-frère, un neveu… Les sonneries du téléphone rythment la pièce du début à la fin. La table est dressée selon un rituel qui tient de la danse. Le couvert de l’absent sera mis ou enlevé au gré des appels téléphoniques répétés : la tonalité comique du début devient grinçante voire angoissante. Ces appels, dont nous ne savons rien sauf qu’ils ont pour effet à ce que la mère ôte ou remette un couvert, finissent par créer un suspens insoutenable, tant pour les personnages que pour les spectateurs.

On essaie d’évoquer des souvenirs, on se bagarre, on offre un cadeau à une des femmes, on joue à tirer les rois, on se plante devant un téléviseur… Les personnages rejouent l’histoire familiale dont le centre est cette table qui s’allonge au fur et à mesure que le temps passe mais qui ne sera pas le lieu du partage. Le téléphone donne enfin la parole aux personnages qui, à la suite d’une énième sonnerie, se précipitent tous pour décrocher mais trop tard. Toute parole est « chorégraphiée » dans une cacophonie parfaitement orchestrée : nous les entendrons se parler les uns aux autres,  serrés les uns contre les autres, le dos tourné. Par ci par là, quelques mots sont attrapés au vol.

Le téléphone sonne une dernière fois et la mère se tourne vers toute la famille, pousse un cri strident et déchirant en ouvrant la bouche dans une grimace de douleur extrême mais c’est la bande son qui nous envoie son cri. Le temps s’étire, la porte sonne. Le septième personnage n’est pas celui que nous attendions…

« Que regardez-vous ? » semblent-ils tous nous dire. Qui sommes-nous pour vous ? vous êtes-vous reconnus dans ces corps qui ont exprimé pendant une heure toutes les joies, les surprises, les attentions, les amours, les attentes, les drames, les deuils dont nos vies sont faites ?

Création qui interroge la définition du personnage de théâtre. Peut-il être défini, cerné, compris s’il n’a pas de nom et s’il ne prononce pas de paroles ? Quel rôle est assigné au spectateur dans un spectacle de théâtre où les personnages ne disent pas ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils ressentent avec des mots mais avec leur corps tout entier, bras, jambes, poitrine, tête, visage, yeux, bouche, mains, pieds… et ce, sans jamais céder à la tentation de « montrer ».

Un spectacle qui embarque ou laisse à quai le spectateur. Un spectacle qui dérange, qui oblige à regarder autrement puisque rien n’est donné explicitement. Un spectacle qui invite le spectateur à inventer, imaginer, recréer l’histoire de ces personnages dont la tragédie est de ne plus trouver les mots pour communiquer. Parler la bouche pleine ou « Les mots perdus ». Avec ce spectacle, Julien Bonnet poursuit son questionnement sur la communication entre les êtres, questionnement qu’il avait initié avec son autre spectacle sans parole, Le nez dans la serrure, et dont les personnages vivaient dans une armoire.

Pistes pédagogiques

Pour les classes « théâtre » : réflexion sur le personnage de théâtre, le langage du corps, sur la notion de conflit au théâtre.

A partir du niveau 3e : travail d’écriture, raconter l’histoire de cette famille, leur donner des noms, des âges, un passé, des sentiments, les faire parler. Comparer avec le texte souterrain.

 

Parler la bouche pleine

Théâtre de la Loge, du 27 février au 2 mars. 

Conception & mise en scène : Julien Bonnet.

Dramaturgie : Thomas Gornet.

Avec : Max Bouvard, Evguenia Chtchelkova ou Ixchel Cuadros, Nathalie Davoine, Aurélien Le Glaunec, Caroline Guyot, Catherine Lafont, Bernard Oulès.

Création lumière Claude Fontaine.

Scénographie : Jean-François Garraud.

Musique originale : Adrien Ledoux.

Costumes : Sarah Leterrier.

Travail chorégraphique : Evguénia Chtchelkova

Collaboration artistique : Marine Duséhu.

Production : Cie du Dagor.

Photos : Thierry Laporte.

Co-production et accueil en résidence Scène nationale d’Aubusson-Théâtre Jean Lurçat / La Mégisserie-scène conventionnée de Saint-Junien

Avec le concours de l’Etat-Ministère de la Culture (DRAC Nouvelle-Aquitaine) et le soutien de l’OARA-Nouvelle-Aquitaine

Avec l’aide de la SPEDIDAM.

Durée du spectacle : 1h05.

Tout public à partir de 14 ans.

PARLER LA BOUCHE PLEINE

 

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