# Théâtre de la Reine blanche, “Le Paradoxe des jumeaux” (3e-lycée): Marie Curie, femme et scientifique ! Par Véronique Chauveau

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Véronique Slovacek-Chauveau est professeure de mathématiques à la retraite, vice-présidente des associations femmes et mathématiques et Animath, membre du CA de Femmes et Sciences. Cet article a été réalisé en complément des ressources pédagogiques créées pour notre plateforme, et notamment en français autour de la thématique “Femmes et sciences”. 

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Dans la pièce « le Paradoxe des jumeaux », Elisabeth Bouchaud comédienne, physicienne, directrice du théâtre de la Reine Blanche, interprète une Marie Curie, brillante scientifique traversée par des sentiments très humains : amour, jalousie, passion. Elle bouscule ainsi le stéréotype du physicien complètement absorbé par sa recherche et déconnecté du monde, insensible…

 

Dans les livres de physique et de math, les femmes sont les grandes absentes. Le message envoyé à nos élèves est que les femmes n’ont pas fait progresser les sciences. La seule figure féminine, c’est justement Marie Curie, toujours habillée de noir et entièrement concentrée, focalisée sur ses recherches. Quel modèle offert à nos adolescentes ! Ce n’est pas évident quand on a entre 15 et 18 ans de se dire « moi, plus tard, je veux faire comme Marie Curie » sous entendu je recevrai deux prix Nobel et je consacrerai toute ma vie à la science. Quel programme !

Tout au long de la pièce, Marie Curie est présentée comme une scientifique brillante mais amoureuse, bien vivante et humaine. C’est important. Le manque de modèles féminins dans les sciences est une des raisons avancées pour expliquer le faible pourcentage de filles se dirigeant vers des études scientifiques post-bac (mis à part médecine).

 

Quelques chiffres d’abord

En terminale, les filles constituent 54,1 % de l’ensemble des élèves, mais  réparties de façon très inégale selon les filières : elles représentent 46,7 % de l’effectif en S, 60,1 % en ES, 79,5 % en L, 57,2 % en STL et 6,6 % en STI2D et 89,1 % en ST2S.

À l’issue de la classe de terminale, les femmes, quels que soient leurs origines sociales et leurs parcours scolaires, se portent moins que les hommes vers des filières sélectives (CPGE, IUT).

En CPGE scientifique, on trouve 29,8 % de filles, dont en 2ème année : 22,3 % en MP, 15,5 % en MP*, 36,8 % en PC, 32,7 % en PC* et 69,7 % en BCPST.

En IUT, les femmes représentent 39,5 % de l’ensemble des effectifs préparant un DUT. En moyenne, elles sont à parité avec les hommes dans le secteur des services (50,6 %), mais elles ne représentent que 23,8 % des effectifs du secteur de la production. Dans ce secteur, elles sont cependant majoritaires dans les spécialités « Chimie » (56,5 %) et « Génie biologique » (64,9 %). Quant au secteur des services, si elles représentent 79,7 % de la spécialité « Carrières juridiques », elles ne sont que 8,3 % en « Informatique ».

Dans les écoles d’ingénieurs, 28,1 % des étudiants sont des étudiantes avec de grosses variations suivant les spécificités.

À l’université, les jeunes femmes représentent globalement 56,8 % de la population étudiante. C’est dans les disciplines plus littéraires que la part des femmes est la plus élevée, en particulier en langues ou en lettres-sciences humaines (70,1 %). Elles restent très minoritaires en sciences (37,1 %). Par contre, pour l’ensemble des études de médecine, 63,5 % des étudiants sont des femmes.

Les explications sur le manque d’ambition, de confiance en soi des filles, sont immédiatement balayées quand on voit leur engouement pour les études de médecine. Ce sont les études les plus sélectives (80 % d’échec en fin de première année en raison du numerus clausus) mais elles débouchent sur un métier du soin à autrui, secteur dont la société nous dit qu’il est fait pour les femmes.

 

Pourquoi sommes-nous préoccupés par cette situation ?

La société du XXIe siècle est confrontée à de grands défis : ressources en eau, alimentation, santé, énergie, réchauffement climatique, développement durable, communication et connaissance, etc. Relever ces défis exige la mise en œuvre de concepts scientifiques et de solutions technologiques les plus avancées, et pour y parvenir, des personnels hautement qualifiés.

En France à l’horizon 2022, « les créations d’emplois devraient être très fortes dans certains métiers très qualifiés où les hommes sont surreprésentés, tels que les ingénieurs et cadres techniques de l’industrie, les personnels d’études et de recherche, et les ingénieurs de l’informatique ».

L’Union européenne, quant à elle, pour sortir renforcée de la crise économique et financière actuelle, s’est fixé des objectifs de croissance intelligente à l’horizon 2020, grâce à une économie fondée sur la connaissance. Pour cela, la Commission européenne recommande aux États membres de « produire suffisamment de diplômés en sciences, mathématiques et ingénierie ». Toutes les compétences sont nécessaires, à commencer par celles des femmes qui jusqu’à présent n’ont pas été assez reconnues et mises à profit, ce qui prive la société de nombreux talents. D’où l’intérêt porté à la formation scientifique des filles, aussi bien de la part des institutions que des entreprises.

Certes, il n’est pas possible de promettre à un·e jeune lycéen·ne qu’il ou elle trouvera immédiatement du travail après un certain type d’études. Néanmoins, les études prospectives précédemment citées montrent les besoins en personnel de différentes branches de l’économie dans les années à venir. Les professions scientifiques et techniques sont et seront porteuses d’emplois variés et le plus souvent bien rémunérés. De plus, les sciences et les techniques constituent un domaine de connaissances dans lequel il est possible de s’épanouir, de trouver du plaisir et d’y travailler avec passion. Pourquoi serait-il réservé à une seule moitié de l’humanité ?

 

Le Paradoxe des Jumeaux permet aussi, mieux qu’un long discours, de déconstruire quelques stéréotypes (des idées reçues) sur la manière de travailler des scientifiques. Non ce n’est pas un travail solitaire, ils ont besoin d’échanger, de confronter leurs points de vue avant de valider leurs résultats.

Revenons à mon sujet de prédilection, la place des femmes en science. Aux stéréotypes sur les sciences et sur les scientifiques s’ajoutent les stéréotypes sur les femmes et les sciences : les femmes ne seraient pas bonnes en géométrie, elles n’auraient pas le sens de l’orientation, etc.

Ces stéréotypes sont relayés par les médias, les livres, les manuels scolaires, les parents, l’école… à doses homéopathiques mais partout, partout. C’est aussi avec une pièce de théâtre, du théâtre-forum que nous suscitons le débat chez nos élèves pour leur faire prendre conscience de l’impact de ces stéréotypes dans leurs choix d’orientation.

Les sciences sont passionnantes, elles permettent de comprendre le monde qui nous entoure. Les mathématiques y contribuent.

Et le théâtre… mène à tout !

 

 

LE PARADOXE DES JUMEAUX

Texte publié aux éditions de l’Avant-Scène Théâtre, 2017.

de Jean-Louis Bauer et Elisabeth Bouchaud.
Mise en scène de Bernadette Le Sache.

 16 novembre au 28 décembre 2017

Dates supplémentaires les Vendredi 1er décembre et mardi 19 décembre à 14h30

Réservations : 01 40 05 06 96.

Théâtre de la Reine blanche

2 bis passage Ruelle, 75 018 Paris.

 

Décor de Juliette Azemar.
Costumes de Karen Serreau.
Lumière de Paul Hourlier.
Création sonore de Stéphanie Gibert.

avec : Sabine Haudepin, Elisabeth Bouchaud et Karim Kadjar.

 

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Pour aller plus loin… Parcours avenir !

Parmi les CPGE scientifiques: 1ere année MPPSI et PCSI
La prépa MPSI  donne accès, en 2e année, aux prépas MP/MP* (mathématiques et physique) ou PSI/PSI* (physique et sciences de l’ingénieur) selon l’option choisie à l’issue du 1er semestre commun.
La prépa PCSI donne accès, en 2e année, aux prépas PC/PC* (physique et chimie) ou PSI/PSI*(physique et sciences de l’ingénieur) selon l’option choisie à l’issue du 1er semestre commun.

À noter : les  prépas étoilées (*) dispensent une préparation plus intense visant plus spécifiquement les écoles les plus prestigieuses.

La prépa BCPST : biologie, chimie, physique et sciences de la Terre …

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