# Billet d’automne, chronique saisonnière N°2 : Jean Bouquin et le Théâtre Dejazet ou “Les Enfants du Paradis”, lieux de tous les possibles !

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Préambule – La chronique saisonnière, “billet d’automne” propose l’exploration d’un lieu et/ou d’un personnage considéré comme une figure centrale dans le paysage artistique. Puisant son inspiration au cœur de l’actualité théâtrale, ces portraits donneront peut-être des idées/envies de visite et d’approfondissement. Pendant une partie de la pause automnale, cette chronique quotidienne se déroulera en cinq épisodes. Elle sera tant écrite qu’audio, s’articulant autour d’interviews et de documents historiques.

 

Théâtre Dejazet 
Ancien "Jeu de Paume" construit en 1770 par le Comte d’Artois (futur Charles X), il sera racheté en 1859 par la comédienne Virginie Dejazet. 
Lieu de tournage en 1942 des Enfants du Paradis de Marcel Carné.   

Actuel directeur : Jean Bouquin.  
genre : protéiforme. 
Parcours : singulier. 

Chef d'orchestre (cette saison) : Jean-Louis Martinelli. 

Nos cinq billets pour comprendre l'homme (tout un roman ce Bouquin!), son théâtre (Le Dejazet) et cette programmation sortie comme un lapin de son chapeau/château (privé, non subventionné et n'appartenant à aucune association)

Billet d’automne N°1 - Portrait de Jean Bouquin, cet enfant du Boulevard du Temple au destin aussi singulier qu'exceptionnel

Billet d’automne N°2 - Le Dejazet, théâtre du crime des Enfants du Paradis
 
Billet d’automne N°3 - Jean Bouquin, inventeur du cinéma permanent
 
Billet d’automne N°4 - Aidons la jeunesse à passer un moment difficile avec le théâtre 

Billet d’automne N°5 - Saison 2017-2018 / Portrait croquant de Jean-Louis Martinelli par Jean Bouquin 

41 Boulevard du Temple, 75003 Paris. Anciennement aussi nommé Boulevard du Crime.  
Réservations : 01 48 87 52 55 

Actuellement au Dejazet : Ceux qui restent, texte et mise en scène de et par David Lescot. 
Ce spectacle joué jusqu'au 9 décembre donnera bientôt lieu à un article). 

 

Je souhaite au Théâtre Dejazet, symbole de ce Boulevard du Crime et des Enfants du Paradis, de rester le flambeau de tous ceux qui s’évertuent à penser que l’avenir c’est seulement la jeunesse et que rien ne doit l’émasculer.”

Jean Bouquin.

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Billet d’automne N°2 – Le Dejazet, théâtre du crime des “Enfants du Paradis”

Comme son propriétaire, le Dejazet est là, immuable chêne du Boulevard du Temple, aussi nommé il y a un temps Boulevard du Crime. Difficile donc de parler de ce monument (historique) sans en évoquer… son histoire : de Virginie Dejazet aux Enfants du Paradis, en passant par Marcel Carné et Jacques Prévert, le Dejazet a eu plusieurs vies… Et dire qu’il a failli devenir un supermarché ! De ce billet n°2, l’interview de Jean Bouquin mise part, nous n’en retirons aucun mérite. Entre archives de la BNF, site du Dejazet et dossier du théâtre, nous y avons allègrement puisé jusqu’à en reprendre tout ou en partie.

“Boulevard du Crime” in Les Enfants du Paradis.

“Le Boulevard du Temple, rebaptisé par les Parisiens en Boulevard du Crime, ne provient pas de l’attentat perpétré (face au café Turc, devant le n° 50) par le tireur Corse Fieschi contre le Roi Louis-Philippe le 28 juillet 1835.

Car cette expression avait été pensée dès 1823 à la lecture de l’Almanach des spectacles :

On a fait le recensement des crimes commis depuis 20 ans. Pour l’anecdote, en voici la liste :

“Taurin a été poignardé 16 302 fois,

Marti a subi 11 000 empoisonnements,

Fresnoy a été immolé de différentes façons… 27 000 fois,

Mademoiselle Adèle Dupuîs a été 75 000 fois innocente séduite, enlevée ou noyée,

6 400 accusations capitales ont éprouvé la vertu de Mlle Levesque,

et Melle Olivier, à peine entrée dans la carrière, a déjà bu 16 000 fois dans la coupe du crime et de la vengeance“.

 

Cette rue était peut-être alors la plus connue et la plus courue de Paris. Elle était aussi la plus fréquentée. Ce fameux boulevard était aussi devenu à toute heure du jour et de la nuit la plus grande promenade publique de France où se mêlaient saltimbanques et haute société. Les badauds s’y pressaient pour aller admirer tant Frederick Lemaître que le mime Baptiste Deburau, quand le roi Philippe n’y paradait pas !

 

Extrait d’une chansonnette de l’époque (anonyme) : « La seule promenade qu’a du prix, la seule dont je suis épris, la seule où j m’en donne, où je ris, c’est le Boulevard du Temple à Paris ».

 

“Depuis le début du 19ème siècle, dans cet espace de 200 mètres de long, construit en 1770, une fête ininterrompue habite cette rue, que rien, pas même une émeute ou une épidémie de choléra qui a fait à Paris plus de 18 000 morts, ne pourra suspendre plus d’un jour. “Les annales du boulevard du Temple, du milieu du dix-huitième au milieu du dix-neuvième siècle, formeraient à elles seules un chapitre séduisant et plein d’originalité de l’histoire intime de Paris, ce boulevard ayant été pendant cent ans et plus le paradis des oisifs Parisiens et le pèlerinage de tous les étrangers.”

Portrait de Virginie Dejazet, anonyme.

C’est en 1859 que la comédienne Virginie Dejazet (alors célèbre), déjà âgée, et voulant faire enfin jouer des pièces du jeune Victorien Sardou (dont elle s’était entichée) acquiert ce véritable bijou, authentique théâtre à l’italienne. Jusqu’en 1870, elle y jouera avec succès, comédies, opérettes et vaudevilles et recréa sur cette scène la plupart de ses grands rôles. Elle en fera, d’ailleurs, des folies, la comédienne, pour ce théâtre, pour son théâtre : d’abord, pour obtenir par arrêté du 2 août 1859, la direction en faveur de son fils, Joseph Eugène Dejazet, avant de s’obliger à reprendre des tournées dans toute l’Europe pour faire face aux frais d’exploitation du théâtre.

Pour savoir comment s’est terminé l’âge d’or de ce boulevard avec l’arrivée du Baron Haussmann, nous vous invitons à vous rendre sur le site du Dejazet lui-même. Vous y trouverez une source de renseignements précieux et une compilation iconographique passionnante.

  Fresque picturale se trouvant dans le Théâtre Dejazet,
mélange de souvenirs du Boulevard du Crime et du film de Carné.

 

Enfin, pour terminer, un très court témoignage de Jean Bouquin et quelques extraits des dialogues de Jacques Prévert… juste pour le plaisir !

(Montage et interview réalisés par Sheila Vidal-Louinet).

Le prochain billet sera consacré aux avatars du Théâtre Dejazet, de supermarché en cinéma permanent.
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SOURCES ET PROLONGEMENTS (une sélection restreinte)

Jean Claude Yon, Théâtres parisiens, “Un patrimoine du XIXe siècle”, Citadelles et Mazenod, 2013.

Interview audio de Jean Bouquin réalisée par Sheila Vidal-Louinet, le lundi 18 septembre 2017, au Théâtre Dejazet.

Lien vers la première interview.

Émission : “Samedi pour vous”, in archives de l’INA

Production : Office national de radiodiffusion télévision française.

Générique : Rémy Grumbach. 

Réalisateur : Fabienne Strouvé Beckers.

Producteur : Luce Perrot ; Guy Mardel.

Dossier historique du Théâtre Dejazet réalisé par la direction du Dejazet et mis à disposition sur demande.

Archives de la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque de l’Arsenal.

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