# Reprise, Théâtre de la Ville puis Théâtre de la Reine Blanche, “Le Voyage de Benjamin” (dès le cycle 2) : le petit théâtre de Benjamin, entre rêve éveillé et urgence de (/à) vivre

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C’est terminé pour le Théâtre de la Ville, mais à réserver à la Reine Blanche (Paris 18e). Inspiré d’un roman yiddish du XIXe siècle, Le Voyage de Benjamin, de Gérard Wajcman et mis en scène par sa femme Brigitte Jaques-Wajeman, raconte l’histoire d’un garçon rempli d’espoirs et dans l’urgence de vivre (de belles aventures). Ce texte est un hommage à l’enfance et un questionnement éveillé à l’histoire coupante de nos hommes, femmes et enfants en quête de terre et de paix.

 

Persécuté dans son village natal par la milice russe parce qu’il est juif, Benjamin prend son courage à deux mains et décide de quitter ses livres et « Boulba » (petit village perdu au milieu de l’ancienne Russie) pour parcourir le monde en vrai (ou presque !). Accompagné de son ami Senderl, personnage un peu simpliste et attachant, ils s’en vont tel Guillaume le Conquérant (ou plutôt tels Don Quichotte et Sancho Pança ou même tel Peer Gynt) aux pays des oranges, des lions sauvages et affamés, des buildings immenses. Ils y croisent des personnages fantastiques, sortis tout droit de l’imagination fertile d’un auteur qui a hérité du passé de ses aïeuls ashkénazes. C’est donc aussi en hommage à ses parents juifs devant fuir la gestapo nazie et à tous les migrants venus chercher une terre d’asile que l’auteur Gérard Wajcman s’est emparé de cette histoire.

Il serait d’ailleurs dommage de se priver de sa note d’intention, bien éclairante, bien émouvante, on vous la livre en entier : « Mon père avait un accent bizarre. Il était français, il parlait très bien le français mais il avait un accent yiddish, la langue des Juifs d’Europe. Ma maman me chantait de jolies chansons en yiddish mais, elle, elle n’a pas du tout d’accent. Moi je ne parle pas le yiddish, mais parfois j’imite l’accent yiddish, pour rire. C’est comme un souvenir. Avant, beaucoup de gens parlaient yiddish, des millions de gens en Europe, mais maintenant c’est fini. Mes parents sont venus de loin, de Pologne, dans les années trente – de l’autre siècle, bien sûr -, en passant par la Belgique et Berlin. Ils avaient vingt ans. Ça leur a fait un drôle de voyage. Ils avaient été obligés de partir de Pologne, mais ils étaient contents d’être en France. Pour un enfant juif de Varsovie, qui voyait chaque jour ce que c’est que l’antisémitisme, la haine des Juifs, la France, c’était le pays de la liberté. Mon père, en Pologne, depuis tout petit connaissait La Marseillaise. Il la chantait, avec un accent évidemment. Alors quand il y a eu la guerre en 1939, il a tout de suite été soldat pour se battre contre l’Allemagne nazie. Mais, comme le gouvernement de l’époque, à Vichy, a décidé qu’il ne fallait pas faire la guerre, mon père s’est retrouvé sur les routes en se demandant quoi faire. Il a traversé toute la France, à pied, il a été ici et là, il a été en Espagne, et à la fin il s’est retrouvé dans le Limousin où il est entré dans la Résistance. Après, il a été à Paris chercher sa femme, ma maman, et mon frère, tout bébé, pour les faire venir à Limoges, pour qu’ils soient à l’abri de la guerre. Toute une histoire. Pour ne pas se faire prendre par les Allemands, ils ont dû traverser la Loire à la nage, avec mon frère sur le dos de mon père. Il fallait se cacher, surtout ne pas faire de bruit. Mon frère a failli pleurer, mais il n’a pas pleuré. Ça aussi, ça a été un drôle de voyage. Moi, je suis né après la guerre de 39-45. Je n’ai pas vécu tout ça. Mais j’aime les accents et les histoires de voyages. Quand Brigitte, ma femme, m’a demandé d’écrire une pièce pour les enfants qu’elle mettrait en scène, j’ai tout de suite pensé à une histoire de voyage. Quand mes enfants étaient petits, je leur racontais des histoires. Maintenant que j’ai des petits-enfants, deux petites-filles, j’ai aussi envie de leur raconter des histoires, mais, comme ce n’est pas moi qui les couche le soir, j’ai écrit une histoire pour qu’elles puissent la lire et aller la voir jouer au théâtre, avec plein d’autres enfants. Alors cette pièce est pour Anna, pour Rachel, et pour leurs amis Elias, Philomène, Victor, Louise, Sandro, Gabrielle, Raphaël, et tous les amis de leurs amis, et puis tous les amis des amis de leurs amis aussi. » (Gérard Wajcman, septembre 2004).

Dans une narration interne prise en charge par « Madame Laconteuse » (Emilie Cazenave) se déplie toute la fantaisie colorée de l’enfance. Ce rêve éveillé est orchestré avec simplicité (un rideau, trois cartons, un carré de tissus bringuebalant en guise de voile de navire et un violon). La scène devient le théâtre d’une chambre d’enfant où se déploie toute son imagination. On rigole avec délices de cet homme à tète de cochon ou de cet explorateur du nom de Christophe Colombo qui a perdu son chemin entre les buildings new-yorkais… Le jeune spectateur, comme l’adulte (tout public à partir de 6 ans), partage avec la metteure en scène un joli morceau de théâtre plein d’onirisme. Comme aime le dire Brigitte Jaques-Wajeman : « Quel enfant n’a pas rêvé en secret d’être le héros de pareilles aventures ? […]. Sur ce petit théâtre de Benjamin, avec cette histoire gaie et triste et gaie inspirée d’un vieux roman yiddish de Mendele Moïcher Sforim, dans ce rêve d’enfant, c’est l’histoire réelle des Juifs d’ici et d’ailleurs qui se raconte, pris dans les vents coupants du siècle et engagés dans la grande épopée de vivre ».

 

Le Voyage de Benjamin, de Gérard Wajcman, paru en 2007 (Le Voyage de Benjamin est librement inspiré du roman yiddish de Mendele Moïcher Sforim, Les voyages de benjamin III, publié aux éditions Circé/ Poche (1998) dans la traduction d’Arnold Mandel).

 

Du 11 au 14 octobre 2017, Théâtre de la Ville-Abbesses.

Du 24 au 27 janvier 2018, Théâtre de la Reine Blanche (Paris 18e).

Le 15 février au Théâtre de Maisons-Laffitte (78).

Du 18 mars au 19 mars 2018, NECC à Maisons-Alfort (94).

 

Lien vers dossier pédagogique.

Mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman.

Assistante à la mise en scène : Stéphanie Leclercq.

Décor et costumes : Thierry Grapotte.

Lumières : Philippe Collet.

Maquilleuse : Catherine Saint-Sever.

Chorégraphe : Sophie Mayer.

Musique : Marc-Olivier Dupin.

Avec Benjamin : Timothée Lepeltier

Madame Laconteuse : Emilie Cazenave.

Senderl : Aurélien Pawloff.

Violon : Robin Antunes.

Création Odyssées 78, biennale du Théâtre pour la jeunesse avec le concours du Conseil général des Yvelines.

Par la Compagnie Pandora. 

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