# Avignon off : « Peer Gynt », conte musical d’après Ibsen et Grieg : un tour du monde en 1H10, un tour de soi qui dure au-delà…

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Une pianiste, un comédien et une malle aux trésors réussissent à joliment faire exister les lieux et les nombreux personnages croisés par Peer Gynt, l’homme qui voulait être lui-même, et rêvait d’être empereur. D’épreuves initiatiques en quête existentielle, nous accompagnons le jeune vaurien, aventurier aux multiples facettes, et ses interrogations deviennent les nôtres. Une adaptation de Virginie Gros et Xavier Béja remarquable !

 

En 1867, l’auteur norvégien Henrik Ibsen, inspiré par d’anciens contes traditionnels, écrit son long poème dramatique et demande à son compatriote et ami Edvard Grieg de composer une musique de scène pour sa pièce. Elle figure depuis au rang des grands succès mondiaux de la musique classique, que chacun ou presque connaît sans le savoir ! En entremêlant habilement certains des épisodes les plus emblématiques de la narration et les deux suites opus 46 et opus 55 pour piano solo de Grieg, ainsi que quelques autres pièces du compositeur, Xavier Béja et Virginie Gros tissent un dialogue évocateur et imagé entre musique et jeu théâtral et nous emportent dans l’histoire de Peer, jeune homme vaniteux qui tente de fuir la réalité par le mensonge.

Dès l’entrée dans la salle de spectacle, le voyage a commencé. Une malle en bois trône au milieu du plateau, au-dessus du piano, un globe terrestre flotte en l’air. Noir total, puis la lumière se fait sur la pianiste. Accoudé au piano, Peer la regarde et l’écoute. Avec ses allures de Mary Poppins, elle sera tout au long de la représentation, par sa présence, son jeu et ses regards, un interlocuteur muet mais actif participant aux questionnements du protagoniste. En effet, la musique, partie essentielle de la dramaturgie, accompagne non seulement la construction des différents lieux mais fait aussi entendre les émotions du personnage et permet à ses tourments intérieurs de résonner en nous.

Et des tourments, il en a ! En Norvège d’abord, son pays natal, évoqué par son gilet brodé et la danse traditionnelle de la scène du mariage, à l’issue de laquelle il enlève la promise, se mettant ainsi au ban de la société qui l’a vu grandir. Chacun des personnages qu’il croise est représenté par un accessoire – par exemple, une couronne de fleurs et un voile immaculé pour la pauvre fiancée déshonorée, un tablier sombre pour Aase, la mère éplorée, une couronne fantaisiste pour le roi des Trolls- accessoire qui reste accroché sur le plateau après avoir rempli son rôle et peuple ainsi la géographie personnelle de l’aventurier avançant en âge. Les différents pays qu’il traverse existent aussi grâce à quelques objets, sortis comme par magie de la malle qui accompagne le voyageur jusqu’aux Etats-Unis où il fait fortune, au Maroc où il se fait dépouiller par une esclave à la beauté ensorceleuse, en Egypte enfin où il devient empereur des fous avant de repartir en mer, pour finir jeté sur la grève norvégienne par une terrible tempête, drap bleu argenté magnifiquement agité par le comédien. Là, ignoré de tous, il trouve refuge dans un champ d’oignons sauvages. Alors, entouré des figures fantomatiques des femmes qui ont croisé sa route, oignon lui-même, il retire un à un les oripeaux de ses diverses vies dans un ultime dialogue avec la nature, et c’est l’heure du bilan…

Dans l’ensemble, l’essentiel est limpide, prenant et touchant ; seul peut-être l’attachement de Solveig, trop rapidement présenté, surprend un peu.

 

L’œil pédagogique

En cycle 3, diverses activités en français et arts plastiques sont envisageables, dans le cadre de l’étude du conte. Il pourrait être très intéressant de demander aux élèves de rédiger et/ou dessiner un portrait des personnages tels qu’ils les ont visualisés dans leur esprit. En cycle 4, l’on pourra envisager un travail de réflexion sur la quête de soi. Et bien sûr, en musique, l’œuvre de Grieg sera un point de départ fort riche.

 

 

Peer Gynt

Joué du 6 au 27 juillet, Avignon Off.

Adaptation : Virginie Gros et Xavier Béja d’après la pièce d’Henrik Ibsen.

Mise en scène Xavier Béja.

Avec Virginie Gros au piano et Xavier Béja.

Lumières : Charly Thicot.

Collaboration artistique : Philippe Varache.

Musique d’Edvard Grieg : dont les deux suites “opus 46” et “opus 55 pour piano solo”, constituées de quatre mouvements chacune.

– “Au matin, La mort d’Aase, Danse d’Anitra” et “Dans l’antre du roi de la montagne”.

– “Enlèvement de la mariée”, Danse arabe, “Retour de Peer Gynt” et “Chanson de Solveig”.

Site de  la Compagnie.

Spectacle à partir de dix ans, durée 1H10.

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