# Avignon OFF 2017 : “Le Fils”, un drame familial sur fond d’actualité, dérangeant et nécessaire…

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Joué à la Manufacture, Le fils est un drame familial. Spectacle dérangeant qui raconte comment une bourgeoise de province glisse vers un extrémisme catholique, homophobe et intégriste. Dans cette longue descente dans la conscience de ce personnage, David Gauchard met en scène un texte simple et poignant incarné superbement par Emmanuelle Hiron. De quoi nous faire réfléchir sur notre actualité. C’était joué à la Manufacture… Nous espérons que ce spectacle aura une belle tournée !

 

Récit d’un épisode de la vie d’une femme, petite bourgeoise de province, pharmacienne comme son mari. Cette mère de deux garçons a pour le plus jeune, Cyril (“le fils”), plus sensible, un amour fusionnel. Ce personnage éponyme est la cause du drame que vit cette femme. Manifestant contre le “mariage homo”, elle découvre qu’il est homosexuel. Ses réactions, d’abord violentes puis empathiques, ne parviennent pas à convaincre qu’elle l’accepte comme il est. Elles provoquent la fin tragique qui aura pour cadre ce petit coin de la pharmacie où, enfant, Cyril aimait venir jouer.

L’argument est très simple, très actuel. Ce récit aurait pu être ennuyeux s’il n’était porté par un texte magnifique. Et le spectateur, grâce au jeu tout en nuances d’Emmanuelle Hiron, entre dans la manière de penser de cette femme, comprend comment son passé, sa vie, ses relations avec son mari et ses fils peuvent expliquer qu’elle s’engage avec enthousiasme dans la résistance des catholiques intégristes contre l’avortement et la loi pour le mariage pour tous. Loin d’adhérer à son discours, nous plaignons ce personnage que nous parvenons à comprendre. Le drame qu’elle vit, et que l’actrice nous fait partager avec une grande pudeur et beaucoup d’émotion, nous laisse espérer qu’elle pourra comprendre où se situe la vérité des êtres.

Simple, la scénographie est d’une belle efficacité : un grand tapis rond de couleur crème sur lequel est posé un clavecin au bois blond. La lumière rythme le récit, avec une alternance de noirs et d’éclairages brutaux du personnage (comme des coups de tonnerre) qui marquent le passage d’une scène à l’autre.

Un enfant claveciniste, le fils musicien, vient jouer trois fois dans le spectacle et ces beaux moments où la mère écoute avec tendresse son fils jouer ajoutent à l’horreur de la situation.

La voix du fils se fait entendre lors de dialogues avec sa mère. Une voix posée, douce et grave qui traduit son sérieux, son amour pour elle mais aussi sa grande solitude.

Le très beau texte de Marine Bachelot-Nguyen est incarné par Emmanuelle Hiron tout en tension et en émotion. Elle s’exprime alternativement à la première et à la troisième personne : ce procédé crée une distance entre la subjectivité du personnage et son histoire jugée par un narrateur extérieur et très proche. Cette femme, seule, nous interpelle de temps en temps, nous  renvoyant à nos propres sentiments, nos propres croyances et contradictions. Ce qui est source de questionnements et ce qui rend ce spectacle dérangeant et nécessaire.

Un texte, une mise en scène, une scénographie et un jeu qui montrent une situation sans jamais juger et les larmes que nous versons sont la réponse à cet immense gâchis créé par toutes les intolérances.

 

L’œil pédagogique :

Les professeurs de collège (cycle 4) et de lycée (seconde et première) trouveront dans ce spectacle des pistes de réflexion pour l’EMC, sur la différence, sur l’homophobie si présente dans les écoles, sur le rôle des religions dans l’élaboration des lois. En  français, le professeur peut travailler autour de l’étude de textes sur les relations parents-enfants, sur l’intolérance religieuse. Le texte du spectacle pourrait aussi être étudié en tant que texte littéraire, les deux formes d’énonciation étant très riches et porteuses de sens. Le professeur d’éducation musicale trouvera matière à travailler sur les instruments et l’histoire du clavecin. Les lumières du spectacle pourront également être exploitées en cours de physique.

 

 

___________________________________________________________________________________________________________________________Brigitte Gornet

 

“Le Fils” – Du 6 au 26 juillet – La Manufacture, Avignon.

Idée originale, mise en scène et scénographie : David Gauchard.

Texte de Marine Bachelot Nguyen.

Avec Emmanuelle Hiron.

Conception lumière : Christophe Rouffy.
Régie lumière : Alice Gill-Kahn.
Conception sonore : Denis Malard.
Composition musicale : Olivier Mellano.
Conseiller artistique : Nicolas Petisoff.
Diffusion : La Magnanerie – Julie Comte & Victor Leclère.

Production : L’unijambiste.
Coproduction : Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie ; Théâtre de l’Union, Centre dramatique national du Limousin.

Soutien : Théâtre Expression 7, Limoges ; Théâtre de Poche, scène de territoire Bretagne Romantique & Val d’Ille Hédé ; Centres culturels municipaux de Limoges ; L’Aire Libre, Saint-Jacques-de-la-Lande ; Fonds SACD Musique de Scène.

Compagnie associée à l’Espace Malraux / scène nationale de Chambéry et de la Savoie de 2014 à 2018, en résidence à l’Espace Jean Legendre / scène nationale de l’Oise en préfiguration, et conventionnée par la Région Nouvelle-Aquitaine et par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Nouvelle-Aquitaine.

David Gauchard est artiste coopérateur du Théâtre de l’Union, Centre dramatique national du Limousin de 2014 à 201

>>Renseignements.

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